Mater Magna

«… Vous savez, on ne peut pas se réveiller un matin et se dire : «Je vais
réaliser cette œuvre.», si on ne la porte pas déjà à l’intérieur de soi. J’ai fait
cette MATER tout simplement parce que je la portais depuis longtemps en
moi. A vrai dire, j’ai l’impression d’avoir été traversée par cette œuvre ; je
crois qu’elle a passé à travers moi parce qu’elle devait à tout prix passer.


Je l’ai commencée alors que les bombes pleuvaient sur le Proche-Orient,
berceau de nos ancêtres, où le peuple de Sumer, avant Babylone, en
Mésopotamie, il y a 5000 ans, gravait dans les tablettes d’argile, d’une
première écriture, leurs oeuvres épiques sur l’origine du monde et le destin de
l’homme.


Là, entre le Tigre et l’Euphrate, commençait notre histoire. Là, est l’origine de
l’idée du paradis et de l’enfer. Par-delà le temps, par-delà l’espace, un peintre du Moyen-Age décorait les murs d’une petite église du Perche et reprenait l’allégorie du paradis et de l’enfer. On peut voir, à droite de la porte, Lucifer plonger dans
la marmite des damnés… parmi eux un moine, un roi, une reine et un évêque…


Au XVIIe siècle, la porte de l’église est agrandie ; le paradis disparaît, l’enfer reste. Clin d’oeil de notre destin, symbole des guerres incessantes et souvent religieuses, qui secouent toujours notre monde.


Cette représentation de l’enfer sur le mur de l’église Saint Pierre de Boursay me servit de point d’appui pour


exprimer avec plus de force et d’ardeur cet espoir, ce dsir de paix et de tolérance.
L’hindouisme, le judaïsme, le bouddhisme, le christianisme, l’islam… sont des phénomènes uniques en leur genre. La multiplicité de ces unicités est infinie. Elles sont toutes des formes de recherches spirituelles qui tendent à transcender l’homme. Elles sont toutes des voies qui doivent conduite à la délivrance.


J’espère que MATER MAGNA sera un symbole de rencontre et de connaissance de l’autre. Il faut que cette rencontre de Boursay ne soit pas un aboutissement, mais qu’elle soit un tremplin…
Qu’on ne laisse pas l’artiste apparaître comme un simple fantoche d’action «cultureuse» mais qu’on lui laisse jouer son rôle de révélateur et de créateur.


MATER MAGNA fut un acte public, un pamphlet pour la paix.
MATER MAGNA vous ouvre les bras et vous accueille.»


Elsa Genèse
Discours inaugural, 11 octobre 1992


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